Comment fonctionne une tontine, et comment la gérer équitablement
Une tontine est un groupe d’épargne à tour de rôle : des parents, voisins, collègues ou amis versent chacun le même montant à date fixe, et à chaque fois un membre reçoit la totalité, jusqu’à ce que chacun ait eu son tour. C’est le mot de tous les jours dans toute l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Bénin et du Togo jusqu’au Cameroun et à la République démocratique du Congo, ainsi que dans la diaspora africaine et haïtienne en France, en Belgique et au Canada. En Afrique subsaharienne, on l’appelle aussi tout simplement les cotisations.
En anglais, « tontine » désigne aussi un ancien système de rente viagère, et en France le mot recouvre également un produit d’assurance réglementé et une clause juridique. Ce guide ne parle d’aucun de ces sens. Il parle de la tontine rotative, où les membres se remettent l’argent entre eux, à tour de rôle, sans rien de plus.
Les noms locaux varient. Au Cameroun, on dit njangi dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest anglophones, et djangui (qu’on écrit aussi ndjangui ou njangui) dans les régions francophones ; le groupe lui-même s’appelle souvent tout simplement la réunion. À Kinshasa et à Brazzaville, on dit likelemba, en lingala. Au Sénégal, on dit natt, en wolof. En juillet 2026, un député congolais qui a déposé une proposition de loi sur les tontines a déclaré que 70 % des Congolais y participent.
Comment fonctionne une tontine ?
- L’organisateur ou l’organisatrice réunit les membres et convient avec eux du montant de chaque cotisation, du rythme des paiements et du nombre de tours.
- Les membres s’accordent sur l’ordre de passage, le tour : qui reçoit en premier, qui en deuxième, et ainsi de suite.
- À chaque réunion, chaque membre remet sa cotisation, en espèces ou par mobile money.
- La totalité revient au membre dont c’est le tour. La tontine se termine quand chaque membre a reçu une fois, et le groupe peut alors commencer un nouveau cycle.
Dans une tontine rotative simple, personne ne paie ni ne reçoit rien de plus. Un membre qui passe tôt reçoit tout de suite une grosse somme, qu’il couvre ensuite par ses cotisations suivantes ; un membre qui passe tard épargne, tout simplement.
Comment l’ordre des tours est-il décidé ?
Une étude sur les tontines en RDC cite les méthodes habituelles : les responsables décident, les membres s’accordent entre eux, le tour est adjugé au plus offrant, ou l’ordre est tiré au sort. Quelle que soit la méthode, le plus équitable est de la choisir avant la première cotisation et de noter qui a quel tour.
Dans une tontine où le tour est adjugé au plus offrant, les membres qui ont un besoin urgent proposent davantage pour passer plus tôt. Les règles changent d’un groupe à l’autre : mieux vaut les écrire aussi clairement que l’ordre lui-même.
Que fait l’organisateur ou l’organisatrice ?
L’organisateur ou l’organisatrice, parfois avec une trésorière ou un trésorier, tient le cahier de la tontine : qui a payé ce tour-ci, qui est en retard, qui a déjà reçu et qui est le prochain. À chaque réunion, il ou elle reçoit ou vérifie les cotisations, remet le montant au bon membre et relance ceux qui sont en retard. Sa réputation repose sur ce registre. Quand un membre demande, des mois plus tard, si un paiement a bien été fait, il faut pouvoir le montrer, pas seulement s’en souvenir.
Beaucoup commencent avec un carnet papier, le cahier de tontine, et certains passent ensuite à un tableau Excel. Les deux fonctionnent, jusqu’au jour où une page se perd, un chiffre est raturé ou deux membres ne se souviennent pas de la même chose.
Qu’est-ce qui peut mal tourner dans une tontine ?
- Un membre arrête de payer après avoir reçu. En Côte d’Ivoire, on parle du membre qui s’arrête « après avoir ramassé ». Les membres qui passent plus tard sont perdants, c’est pourquoi les organisateurs n’invitent que des personnes de confiance.
- Les cotisations en retard repoussent le tour du membre suivant et poussent l’organisateur à combler le manque.
- Les disputes sur l’ordre. Si les tours ont été attribués sans méthode claire, les membres qui passent tard peuvent soupçonner du favoritisme.
- Les désaccords sur qui a payé. Un cahier de tontine ou un tableau Excel se perd facilement, contient vite des erreurs et reste difficile à vérifier des mois plus tard.
- Les tontines proposées sur Internet par des inconnus. Au Bénin, les autorités de lutte contre la cybercriminalité ont averti que la tontine en ligne y est une activité illégale, et des arnaques ont été signalées en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Une tontine fonctionne parce que ses membres se connaissent.
Comment gérer une tontine avec Savings Circle ?
- Créez le groupe. Donnez-lui le nom de votre tontine et choisissez un type de nom (« Cercle d’épargne » est le choix neutre), puis fixez la devise et la cotisation par tour.
- Ajoutez les membres depuis vos contacts. Ils n’ont rien à installer.
- Fixez l’ordre. Faites un tirage au sort devant tout le monde, ou saisissez l’ordre convenu. Un tirage au sort enregistre sa graine : chacun peut vérifier plus tard qu’il n’a pas été modifié. Les membres peuvent demander à échanger leur tour, et l’échange est aussi enregistré.
- Enregistrez les cotisations à mesure qu’elles arrivent, en espèces, par banque ou par mobile money, avec une capture d’écran comme preuve si vous le souhaitez. Ça fonctionne hors ligne et se synchronise plus tard.
- Relancez les retardataires. Un geste ouvre WhatsApp, SMS ou Telegram avec un message poli.
- Enregistrez chaque versement. Chaque entrée est datée. Une correction est ajoutée comme nouvelle entrée, et l’original reste dans l’historique.
- Partagez le registre. Établissez un reçu ou un relevé pour n’importe quel membre, ou ouvrez le groupe sur ordinateur dans l’app web, sur app.savingscircle.app.
Savings Circle ne détient ni ne déplace jamais d’argent. Les membres se paient entre eux comme ils le font déjà ; l’app est le registre commun de qui a payé, de qui est le suivant et de ce qui reste dû.
D’autres noms pour la même idée
Dans toute l’Afrique francophone, on parle de tontine, ou tout simplement de cotisations. Au Cameroun, on dit aussi njangi, djangui ou, en bamiléké, shwa. En RDC, on dit likelemba ou moziki en lingala, kitemo en kikongo, cisangilu en ciluba et kinkurimba en swahili. Au Sénégal, on dit natt. En Haïti et dans sa diaspora, on dit sòl, et chaque part s’appelle une men (une « main ») ; les familles marocaines de France et de Belgique parlent de daret. Ailleurs, le même système s’appelle comité (committee) au Pakistan et en Inde, tanda au Mexique, susu au Ghana, chama au Kenya, arisan en Indonésie et paluwagan aux Philippines. Les économistes les appellent toutes des ROSCA. Savings Circle fonctionne pour chacune d’elles.
Guides
- South Asia: committee, kameti, chit fund, bhishi, kitty party and samity
- Africa: susu, chama, ajo, adashe, equb, hagbad, stokvel, tontine, mukando and chilimba
- The Americas and the Caribbean: sou-sou, tanda, junta, lending circle and pardner
- Asie et Pacifique : arisan, paluwagan et hụi
- Le monde arabe : jam’iya